La silhouette mince, le teint blafard, les yeux noircis, les lèvres violacées, les cheveux de jais et la tenue sombre des adeptes du mouvement gothique ne manquent pas, dans certains cas, de glacer le sang dans les veines. Derrière ce terrifiant portrait, se cache non seulement des êtres égocentriques prônant une certaine forme d'individualisme, mais aussi un ensemble de moeurs, de rites et d'ancrages historiques insoupçonnés, voire une culture, dont les origines sont loin de remonter à hier.
L'esprit gothique s'alimente principalement à deux sources. D'abord, à l'esthétique du même nom, fortement répandue dans l'Europe du XIIe au XVIe siècle, qui se distinguait par sa décadence et sa sophistication, et deuxièmement au romantisme noir de la littérature gothique, style qui a émergé au cours des XVIIIe et XIXe siècles en Angleterre, et qui se caractérise par un important recours à l'horreur et au morbide.
C'est à la conjoncture de ces deux courants qu'est né, il y a une vingtaine d'années, le mouvement gothique, dont les chefs de file ont été des groupes rock alors qualifiés d'«alternatifs» comme Sisters of Mercy, The Cure, Bauhaus et Joy Division.
«C'est un style qui combine le fétichisme au vampirisme, où la gargouille est un symbole primé. Il y a le culte du noir, du vêtement transparent, du bas nylon à larges mailles et du maquillage sombre. La cuirette fait un retour, les vêtements sont sexy malgré leur côté lugubre et supposé horrible. Ils (les gothiques) marient la vie et la mort, c'est pourquoi ils ont l'air, comme le vampire, de morts vivants. اa témoigne bien de l'imaginaire de notre époque et de la fin du millénaire, c'est-à-dire de la peur de la mort et du goût pour une vie intense. C'est la culture «ordalique», résume un professeur du département de didactique de l'université Laval, Denis Jeffrey.
Cela explique en partie la fascination des gothiques pour certains symboles de l'épouvante tels que les cathédrales sinistres, les candélabres, les cimetières, les messes noires, l'ésotérisme et les sacrifices d'animaux.
Côté artistique, ce sont les romans d'Anne Rice et de Mary Shelley ainsi que la musique des groupes London after Midnight et Nine Inch Nail, reprenant sensiblement la même imagerie, qui obtiennent la faveur des adeptes du mouvement gothique, une sous-culture du mouvement punk.
Côté ludique, ce seront les conversations dans les chat rooms d'Internet (le canal #gothik notamment), les jeux vidéo tels que Doom ainsi que les jeux de rôles inspirés de l'époque médiévale, qui les amuseront. Ces activités seront, pour plusieurs, le déclencheur de leur intérêt pour la culture gothique.
Mais au-delà de cet attrait pour l'horreur et les jeux à caractère médiéval, ce qui définit surtout les adeptes du mouvement gothique est leur goût prononcé pour le morbide, le satanisme, le vampirisme et, dans certains cas, le nazisme.
Ce besoin quotidien de côtoyer la mort ressemble, selon certains observateurs, à une tentative mal dissimulée d'exorciser ses propres démons, sa relation ambiguë avec la mort.
«La gargouille apparaît comme un symbole de la vie nocturne, de l'obscur, du monstre en soi, des démons ravageurs, explique encore Denis Jeffrey. C'est aussi un symbole positif qui, à bien des égards, s'apparente au dragon. Il représente la vie cachée au fond de soi-même, il est en même temps, comme la gargouille, un gardien vigilant, un cibère et un séducteur, comme tous les diables par ailleurs.»
«ہ quelque part, ces jeunes se déguisent en gargouille pour montrer ces symboles. La gargouille est un démon qui, placé sur les clochers d'église, protège des démons. C'est la pensée magique qui cherche à combattre le feu par le feu. Quand un jeune fait de lui-même une gargouille, il cherche à se protéger de ce qu'il est dans sa dimension la plus sombre, comme le montre si bien le film de George Lucas (Star Wars).»
Les principaux intéressés apportent une nuance. Selon eux, leur préoccupation constante pour la mort n'est pas tant une recherche de sensation forte qu'un état de conscience permanent de la mort, une réalité à laquelle ils ne peuvent se soustraire.
C'est ainsi que pour Stéphanie «Mortelle» Filteau, une étudiante en muséologie, la mort fait partie de la vie, qu'on soit gothique ou non.
«Il y a beaucoup de gothiques qui passent par une période où ils sont très centrés sur la mort. Il y en a beaucoup qui dealent constamment avec ça, qui dorment dans des cercueils et ne sortent pas le jour. Mais la plupart, ne vont pas dans ces extrêmes. Ils s'en préoccupent comme tout le monde le fait à un moment ou à un autre. Ceux qui font une éloge de la mort ressortent peut-être plus du lot, mais je ne crois pas qu'on puisse parler de culte de la mort.»
N'est-ce pas là une façon bien déprimante d'envisager la vie ? «Ce n'est pas nécessairement déprimant que d'avoir la conscience qu'on meurt. Les suicides collectifs sont pas mal plus morbides que l'esprit gothique», estime pour sa part Robert «Nomade» Lafontaine, DJ à la Fourmi atomik, qui présente, tous les mercredis, une soirée goth-industrielle.
Mortelle conclut : « C'est cette conscience d'être mortel, qui aide à accepter la mort. C'est ce qui fait qu'on vit intensément, qu'on mord dans la vie.»
souvent on confonds sur le Mouvement Gothique qui peut prêter
en apparences à certaines confusions avec le satanisme
Le monde gothique peut être défini comme un mouvement underground très riche ayant un style musical, des activités artistiques, une esthétique vestimentaire et un état d'esprit. Ils aiment les balades dans des lieux secrets et obscurs ayant une atmosphère sombre comme les cimetières, les soirées dans les catacombes et ils sont fascinés par l'inquiétant, l'étrange, le fantastique, le mysticisme et les tourments de l'esprit. Disciples de Baudelaire, les gothiques ont un goût certain pour la représentation du spleen et les thèmes morbides, pour la mise en scène de la souffrance et la dramatisation des sentiments.
__________je tiens a l'esprit gothique_____